Il y a des premières phrases qu’on n’oublie pas. Celle de L’Étranger d’Albert Camus en fait certainement partie : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
Dès ces premiers mots, Meursault m’a déstabilisée.
Ce qui m’a d’abord frappée, c’est l’écriture de Camus. La langue est étonnamment simple, les phrases courtes, le vocabulaire limpide. Pourtant, j’ai vite ressenti le besoin de ralentir. Derrière cette simplicité se cache un livre beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.
Et surtout, il y a Meursault.
Son détachement m’a souvent déroutée. À la mort de sa mère, il ne manifeste pas le chagrin que l’on attend de lui. Peu à peu, je me suis demandé : est-ce son absence d’émotion qui nous dérange, ou le fait qu’il ne montre pas les émotions que nous pensons qu’il devrait montrer ?
Cette question m’a particulièrement frappée lors de son procès. Meursault est jugé pour un meurtre, mais son comportement à l’enterrement et son absence de larmes semblent peser presque autant que l’acte lui-même. Comme si l’on jugeait non seulement ce qu’il a fait, mais aussi sa manière d’être.
C’est probablement ce qui m’est resté de cette première lecture : cette interrogation sur notre manière de juger les autres, sur ce que nous considérons comme « normal », et sur les émotions que la société attend de nous.
Je ne dirais pas que j’ai simplement aimé ou pas aimé L’Étranger. Il m’a mise mal à l’aise, intriguée, poussée à réfléchir.
Et après l’avoir refermé, il reste encore beaucoup de questions. C’est sans doute un livre que je relirai un jour, pour voir si, avec le temps, je le comprends autrement.